Histoire de l’art


22 septembre 1985 : le Pont Neuf est emballé par Christo

IL Y A 26 ANS… A PARIS

Christo est une figure emblématique du « Land art », au même titre que des artistes comme Richard Long, Walter de Maria, Robert Smithson ou encore Andy Goldsworthy. Travaillant au cœur de l’espace urbain, il développe très vite une pratique qui  consiste à dissimuler pour mieux révéler. En 1985, il donne un nouveau souffle, rayonnant, au Pont Neuf qui s’étend au dessus de la Seine.

Christo, de son vrai nom Christo Vladimirov Javacheff débarque dans la capitale française en 1958. C’est à Paris qu’il rencontre celle qui deviendra sa compagne, Jeanne-Claude. De cette relation est née une véritable complicité. Et des projets artistiques communs sont très vite enclenchés : Christo étant plutôt l’artiste, Jeanne-Claude l’organisatrice.

C’est en 1975 que les deux artistes réalisent des esquisses du Pont Neuf. Dans une interview accordée à Guy Boyer fin 1998 pour « L’oeil » (n°502), Jeanne-Claude revenait sur l’auto-financement de leurs réalisations  : « Nous sommes nos propres marchands. Nous vendons nos œuvres aux musées, aux galeries, aux collectionneurs. Nous vendons les dessins, collages, maquettes des projets en cours ou d’autres plus anciens que nous avons gardés ». Et poursuit : « Tout l’argent obtenu va dans la même banque qui nous permet de financer les projets en cours et de rembourser les emprunts aux banques ».

« Recouverts par la toile, tous les détails d’architecture, les éléments
anecdotiques étaient unifiés. Ne restait que l’essence du Pont-Neuf »,
Christo ( France-amerique.com)

Le 22 septembre 1985, après avoir réquisitionné près de 300 professionnels pour leur chantier, Christo et Jeanne-Claude offrent aux parisiens et touristes un regard neuf sur l’un des plus vieux pont de Paris. Plus de 40 000 m2 de toile dorée habillent le Pont Neuf, face à La Samaritaine. Et ce, jusqu’au 7 octobre. L’œuvre, grâce à un tissu choisit avec minutie, va avoir la capacité de changer d’aspect selon l’éclairage zénithal de la journée.

Des œuvres fragiles et éphémères, l’omniprésence de la toile et une réelle recherche de l’esthétisme… voilà qui pourrait qualifier le travail de l’artiste. « Nous affectionnons beaucoup la durée de quatorze jours, car nous voulons donner deux week-end au public qui vient voir cette œuvre. Ces quatorze jours coûtent très cher, mais nous pensons que nos réalisations ne doivent pas être de simples gestes d’auto-satisfaction égoïstes » continuait d’expliquer Jeanne-Claude à L’Oeil. Et Christo de préciser : « Il faut créer le sentiment de l’éphémère : le projet va partir, il faut se dépêcher d’aller le voir. Il y a un côté nomade qui apporte l’énergie, qui rend les choses inoubliables ».

Pari réussi pour  les deux artistes qui ont dû faire face à dix années de négociations pour avoir la permission d’empaqueter le Pont Neuf. Les problèmes éthiques, esthétiques et politiques réglés, ce pont parisien a été l’une des nouvelles appropriations de Christo dans l’espace urbain. Peu après « Wall of Oil Barrels – The Iron Curtain », une performance éphémère de 1962 réalisée rue Visconti à Paris, Christo et Jeanne-Claude s’installent à New-York. Mais ils n’oublient pas pour autant la ville de leur rencontre. Au jour d’aujourd’hui, seuls les souvenirs des témoins, les photographies et vidéos d’époque peuvent encore témoigner de la réelle transformation éphémère opérée sur le Pont-Neuf en ce mois de septembre 1985.

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